Cancer du sein : Retrouver le contact avec son corps

ablation d'un sein

Après l’ablation d’un sein, Annick doit réapprendre le contact avec ce corps si différent maintenant. Vie de couple, estime de soi, image corporelle, confiance, beaucoup de changements accompagnent la vie après une mastectomie. Pas à pas, avec douceur, volonté et l’aide de spécialistes, Annick nous montre son parcours pour retrouver l’envie de dire malgré tout: “chaque minute vaut d’être vécue”.

« Quand le chirurgien m’a annoncé qu’il serait peut-être obligé de procéder à l’ablation de mon sein, ma première réaction a été :  de toute façon, il ne m’appartient plus, débarrassez-moi de ça ».  C’est une tumeur de 6 cm1/2 repérée lors de sa première mammographie à 42 ans qui a bouleversé la vie d’Annick. Il y a 20 ans, cette bretonne monte à Paris pour travailler : elle s’organise une vie professionnelle variée et épanouissante et file le parfait amour avec une compagne. Aujourd’hui, Annick vit seule dans son modeste deux-pièces-cuisine en compagnie de sa chatte Plume et de sa chienne Apache. La maladie a eu raison de sa vie de couple, après 10 ans de vie commune dont 4 ans avec le cancer.

« Je ne pouvais plus supporter d’être touchée, même regardée. Ça tombait bien, ma compagne détournait les yeux chaque fois que je me déshabillais, c’était plus fort qu’elle. Mais elle est restée à mes côtés jusqu’à ce que la maladie, devenue le centre de nos échanges, ne nous sépare définitivement. Mon désir a disparu il y a 5 ans  et n’est jamais revenu, j’ai perdu tout intérêt pour l’acte sexuel. J’ai beaucoup changé à cause ou grâce à la maladie, on n’était plus sur la même longueur d’ondes… ».

De retour de l’hôpital après l’ablation, Annick refuse de considérer cette zone pendant des semaines. Elle se lave vite fait et ignore la mutilation. Un jour, le médecin lui demande de se masser pour  préparer la peau à la radiothérapie : « Petit à petit, je me suis mise à palper cet endroit, je me suis habituée à le toucher. Il m’a fallu un an pour oser me regarder dans le miroir, d’abord d’un coup d’œil fugace, ensuite, sans baisser les yeux, et alors seulement j’ai recommencé à regarder mon corps sans la médiation du miroir. À force, je n’ai plus pu en supporter la vue, c’est ce qui m’a motivée pour entamer une chirurgie reconstructrice. Je voulais récupérer l’intégralité de mon corps. En réalité, dès le début, j’ai pensé reconstruction, c’était une évidence, je ne resterai pas sans sein. Mais six mois de chimio, suivis de trois mois de radiothérapie, puis d’un an d’attente afin que ma peau puisse supporter une nouvelle chirurgie, toutes ces épreuves m’avaient énormément fragilisée. »
C’est avec l’aide d’un médecin homéopathe et d’une psychothérapeute qu’Annick avance petit à petit dans l’acceptation de ce changement mais aussi des angoisses et des effets secondaires des traitements : «  Sans eux, je n’y serais jamais arrivée, mon taux de transaminases, en fin de chimio, étonnait mon médecin . Mon moral aussi. J’avais acquis une nouvelle confiance en moi, j’avais pris conscience de mes ressources. »

Hypnose éricksonienne, PNL ( Programmation Neuro-Linguistique) , travail sur le ressenti l’aident à conjurer ses angoisses et à limiter les effets secondaires des traitements. « Ce travail en profondeur pendant plus de  2 ans m’a permis de revisiter ma vie, d’accepter ce  corps étranger qu’est la prothèse, et sortir de ma croyance infondée selon laquelle reconstruire mon sein m’exposait à la récidive. »

Aujourd’hui, quand Annick va à la piscine, elle se sent à l’aise, elle se regarde sans problème dans la glace et elle accepte d’être regardée. Restent les cicatrices, les 10 kg en plus, la ménopause anticipée pour cause de chimio. « C’est vrai, mon corps n’a pas encore été mis à l’épreuve d’une nouvelle relation, mais je suis capable, petit à petit, de modifier mes croyances limitantes, par exemple, celle qui pourrait me murmurer :  personne ne va  apprécier ton corps, avec ses cicatrices, ses kilos superflus. Grâce à la visualisation, je commence à envisager de faire une belle rencontre, je la positive, je l’imagine comme je la voudrais, au lieu de me répéter en boucle que ça va être la catastrophe. »

C’est sur un large sourire qu’Annick me dit au revoir : «Je tiens à vous dire que je me sens bien mieux dans ma vie qu’avant la maladie, car je me connais mieux, je suis enfin à l’écoute de moi-même. J’ai eu envie de ne m’occuper que de moi pendant six mois, je l’ai fait, maintenant, en route, j’ai plein de projets, quitter Paris pour commencer. Avant, je disais à mes amis: même pour 5 minutes de bonheur, la vie vaut la peine d’être vécue. Maintenant je sais que chaque minute vaut d’être vécue. »